Conseil du 6e arrondissement du 30 novembre 2021 – Projet éducatif territorial

Monsieur le maire du 6e arrondissement,

Chers collègues,

En tant qu’ancienne conseillère d’arrondissement déléguée aux affaires scolaires et ancienne adjointe à l’éducation du Maire de Lyon, vous vous doutez que j’ai vu arriver avec beaucoup d’intérêt le nouveau projet éducatif de la Ville de Lyon.

Je l’ai lu avec attention, je l’ai même relu plusieurs fois afin d’en saisir l’ambition pour nos enfants et nos jeunes et je dois avouer que j’ai été très déçue.

Qu’apprend-on dans ce PEDT nouvelle formule ?

Tout d’abord les 2/3 du document – 46 pages sur 68 – sont constitués de la reconduction pour deux ans de la convention relative au PEDT et au plan mercredi élaborée par l’exécutif précédent. Heureusement que nous avons bien travaillé de 2014 à 2020, sinon je pense que le document aurait été encore plus creux.

Que peut-on lire dans ces 22 pages ? Tout d’abord de l’autosatisfaction. Nous commençons à y être habitués. Le PDT est qualifié « d’ambitieux de par ses modalités de construction, de mise en œuvre et d’animation » par le Maire de Lyon.

Concernant les modalités de construction, on lit page 6 qu’elles seraient « le fruit d’une concertation inédite ». Tous les nouveaux élus ne connaissent pas bien Lyon et son histoire. Ils pourraient toutefois savoir que d’autres élus les ont précédé et qu’ils ont pu eux aussi avoir de bonnes idées. Nous avons par le passé organisé de grandes concertations à Lyon, à l’échelle de la ville, mais aussi des arrondissements et parfois même pour certains sujets dans les écoles. Certains acteurs éducatifs avec qui j’ai pu échanger m’ont fait part de leurs doutes sur cette concertation qui ne semble pas avoir été si ouverte. Quant à la co-construction éducative, là encore, je suis au regret de vous apprendre que ce n’est pas vous qui l’avez inventée même si vous la renommez alliance.

Concernant la mise en œuvre, il est dit toujours page 6 que cette « co- construction du projet témoigne d’une forte volonté d’élargir la vision de l’éducation. » J’ai eu beau chercher dans ces 22 pages, je n’ai pas trouvé en quoi, si ce n’est en mettant l’écologie en pointe du projet comme si l’éducation des enfants se résumait à ce thème.

Quant à l’animation, le schéma présenté reprend l’organisation mise en place lors des précédents PEDT.

Sur la mobilisation de tous les acteurs locaux, dont (il est dit) des experts de certaines thématiques, on a beau chercher, on n’en lit rien dans ces 22 pages. On peut soupçonner par l’introduction de la thématique écologique, citée 12 fois en 22 pages, l’introduction des experts du sujet et autres amis de l’exécutif…

Seul propos positif, ce projet est qualifié d’humaniste et c’est rassurant car il est dédié à nos enfants, aux citoyens de demain.

Les ambitions partagées à travers cette concertation soit-disant inédite sont donc :

– l’éducation à la transition écologique : 1ère ambition éducative de la ville de Lyon pour ses enfants. Ce n’est ni qu’ils grandissent bien, ni qu’ils s’épanouissent. Non ce qui compte c’est qu’ils soient éduqués à la transition écologique. C’est paradoxal quand on prétend mettre l’enfant au cœur du projet éducatif.

– l’éducation à la citoyenneté, à l’engagement et émancipatrice: l’éducation à la citoyenneté est effectivement un point important de la vie en société et je partage totalement l’ambition émancipatrice. Reste à voir les moyens donnés pour y arriver.

– l’éducation co-construite, plus juste, plus solidaire et plus inclusive : de beaux principes mais concrètement quoi de neuf ?

On lit aussi dans ce PEDT des paroles d’enfants. J’ai toujours trouvé limite cette méthode qui consiste à utiliser les enfants pour porter ses propres idées.

Alors quoi de neuf ? J’ai cherché dans les exemples d’actions. J’y ai trouvé beaucoup de choses qui existent déjà : cultiver des potagers – cela existait déjà, et même dans le 6ème – visiter des marchés, cela relève des encadrants, enseignants ou animateurs, qui le font déjà et même dès la crèche, comme on le voit sur le marché Montgolfier, faire l’école dehors, végétaliser les cours, faire des sorties sport-nature, les intervenants musicaux, la formation à la laïcité, l’éducation à la santé, la formation au handicap : là encore rien de nouveau, apprendre à rouler, c’est nous qui avons mis en place le savoir rouler en CM2 et les pistes vélos dans les cours de maternelle, relancer les pédibus, ils ne fonctionnent pas faute de volonté des parents et des problèmes de responsabilité, un meilleur accès aux transports en commun ? Bonne idée ! Comment ?

Parmi les nouvelles actions, il y a le projet artistique « rue des enfants ». Si l’ambition artistique pour les enfants revient à leur faire choisir la couleur des tags dans la rue, c’est qu’elle a bien diminué. On est loin des classes à l’auditorium ou des classes orchestres.

Il y a aussi le conseil d’arrondissement des enfants : c’est une expérience formidable pour les quelques enfants élus et ça permet une belle photo et une belle opération de communication pour le Maire, mais cela ne fait malheureusement pas progresser la citoyenneté de tous les enfants. Les forums enfants sont beaucoup plus intéressants et utiles.

En fin de document, j’ai trouvé deux actions à la fois nouvelles et pertinentes : la vidéo par un LAP et l’animation des foyers socio-éducatifs en collège par les associations d’éducation populaire même si je crois savoir que cela existe en fait déjà. Mais le généraliser est une bonne idée.

Dernier point il est encore indiqué dans ce document que les rues des enfants sont des rues piétonnisées. Elles le sont sur le papier, mais pas dans les faits. Si elles sont interdites aux voitures, les vélos, les trottinettes et les scooters continuent d’y circuler, au mépris du code de la route, et les enfants n’y sont pas en sécurité. Le Maire de Lyon a lui-même admis dans le Progrès être passé dans une de ces rues soit-disant piétonne, la rue Meynis, à vélo. Il aurait dû mettre pied à terre.

En résumé, ce projet est bourré de bonnes intentions. Il cherche à faire du neuf avec du vieux (le changement de vocabulaire est une méthode hélas connue pour faire cela) même si le vieux était de qualité, et c’est sûrement la raison pour laquelle il est intégralement repris.

Rien de neuf donc, si ce n’est encore et toujours l’écologie au premier rang des priorités éducatives du Maire.

Je suis bien sûr favorable à l’accélération de la transition écologique. Je pense toutefois qu’il s’agit d’une responsabilité d’adultes, qu’il ne faut pas faire peser sur nos enfants et nos jeunes. Il faut leur apprendre

certains réflexes sur les économies d’énergie et d’eau, le tri ou encore le respect de la nature. Et accompagner en cela l’éducation de leurs parents. Mais pas les culpabiliser et encore moins les endoctriner.

Ceci demande de la nuance, de la retenue. Car sinon ce que cela génèrera c’est de l’éco-anxiété. Déjà très développée chez les enfants, elle inquiète énormément les pédopsychiatres.

Il est important de ne pas jouer sur les peurs et la culpabilité. Je demande de ne pas jouer avec nos enfants, ni en les instrumentalisant, ni en les effrayant.

Je voterai ce PEDT car c’est une reconnaissance de notre travail passé et surtout parce que je fais confiance aux enseignants, aux acteurs associatifs et aux agents de la direction de l’éducation engagés pour les petits lyonnaises et lyonnais pour mettre en œuvre ce projet éducatif de manière équilibrée et adaptée aux enfants et non de manière dogmatique.

Je vous remercie.

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