Conseil du 6e arrondissement du 8 février 2022 – Intervention sur la Zone à faibles émissions

Monsieur le Maire du 6ème arrondissement, mes chers collègues, 

Cette intervention, que je fais au nom du groupe Progressistes & Républicains auquel j’appartiens, s’adressera, vous m’excuserez M. Blache, en grande partie au Maire de Lyon qui nous a convoqués en urgence pour donner un avis sur la future Zone à Faibles Émissions dans notre ville. 

Je sais qu’en tant que Maire d’arrondissement, vous n’avez que très peu de prises sur ce type de décisions, comme sur tant d’autres. On le sait, après de grandes déclarations sur l’autonomie des mairies d’arrondissement, le maire de Lyon a très vite réduit ses ambitions en la matière pour revenir à la stricte application de la loi PLM et à une gouvernance extrêmement verticale, si ce n’est excluante des arrondissements.

L’augmentation des budgets et des compétences d’arrondissement, ce ne sera pas pour ce soit-disant « dernier mandat pour le climat ». Pour cela, il faudra attendre. 

D’ailleurs, je relève que, dans le cadre de la consultation en cours sur la ZFE, comme cela est mentionné dans la délibération qui nous occupe, les mairies d’arrondissement devraient être parties prenantes de cette organisation. Aussi je m’interroge. Qu’en est-il ? Quels moyens avez-vous obtenus pour faire vivre cette concertation dans votre arrondissement ? Quelles sont les initiatives prises localement ?

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Nous voilà donc aujourd’hui réunis en urgence pour débattre de la « Première étape d’amplification de la zone à faibles émissions sur le territoire de la Métropole de Lyon. »

Pourquoi en urgence ? Seul le Maire de Lyon pourrait nous l’expliquer.

Légèreté ? Oubli ? Volonté, stratégie politiques ? Vacances ???? Nous ne le saurons.

Toujours est-il que ce nouvel épisode municipal est malheureusement très symptomatique de la méthode qui est celle de monsieur Doucet sur la gestion de ce dossier pourtant particulièrement sensible. Après les atermoiements de calendrier, l’oubli des règles essentielles du débat public, cela fait beaucoup pour un dossier qui devrait pourtant être suivi de près par une mairie qui se réclame de l’écologie. 

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Voilà pour la forme, sur le fond, 3 points.

1/ Je n’insisterai pas sur la nécessité de poursuivre ce travail que nous avons engagé lors de la précédente mandature, depuis plus de 6 ans maintenant. C’est effectivement un travail de longue haleine que nous avons mené car nous sommes favorables au principe même d’une ZFE. 

2/ Cependant, nous restons, en ce qui nous concerne, et contrairement à la majorité actuelle, particulièrement attentifs à son acceptation par nos concitoyens, condition selon nous essentielle à sa réussite. Cette acceptation passe par un travail préparatoire sérieux et par celui d’accompagnement de sa mise en œuvre. Une question donc de méthode, d’écoute et d’adaptation. 3 qualités qui nous semblent inconnues de l’équipe de M. Doucet.

3/ Nous avons le souci de concilier transition écologique et justice sociale, de prendre en compte les plus précaires et les plus modestes, ainsi que les classes moyennes. Ce point doit être au centre de nos travaux si nous ne voulons pas transformer cette Zone à Faibles Émissions en Zone à Forte Exclusion. 

Récemment, dans un mensuel local, en réponse à des interrogations légitimes, le Maire de Lyon nous explique que son ambition est d’être « le maire des piétons ». Il nous annonce « l’évaporation des véhicules » et prédit que « les gens vont aussi changer de mode de vie et de logements en se rapprochant du centre-ville. » 

Et ceci dans une grande décontraction tellement éloignée des soucis quotidiens de nos concitoyens. On pourrait en rire si ces décisions n’impactaient pas des milliers de Lyonnaises et de Lyonnais. 

Car concrètement, alors que d’ici quelques mois, ce sont plus de 30 000 véhicules qui vont donc devoir s’évaporer, comme dit le maire de Lyon, dans notre Métropole et tout particulièrement dans notre ville, quelles sont les réponses concrètes immédiates apportées à leurs propriétaires ? 

A tous ces Lyonnais et Lyonnaises qui demain devront se séparer de leur véhicule, que dites-vous M. Doucet ? Achetez une voiture électrique ? Roulez à vélo ? Préférez la marche à pied ? Car en ce qui concerne le métro et les transports en commun, on verra plus tard ! 

Bien sûr il est aujourd’hui essentiel de questionner la place de la voiture en ville, mais nous devons le faire en intégrant pleinement les contraintes économiques de leurs habitants et la capacité de la collectivité à fournir des alternatives efficaces et adaptées.

Nous ne pouvons pas nous satisfaire d’une solution qui offre aux plus aisés le confort d’une voiture électrique et qui laisse les plus modestes et les classes moyennes sur le bord de la route, dans l’attente de solutions alternatives réelles. Nous ne pouvons pas exiger des Lyonnais la même adaptation à la transition écologique, quelques soient leurs revenus. 

Aujourd’hui tout le monde n’a pas les moyens de remplir son frigo d’une alimentation 100% bio, de se vêtir en coton durable et d’acheter un véhicule électrique.

C’est pourquoi nous défendons une écologie sociale avec une responsabilité commune mais différenciée et nous refusons cette écologie autoritaire que vous prônez et qui impose à chaque individu, même le plus fragile, d’endosser une responsabilité qu’il n’a pas les moyens de porter. 

Comme d’autres élus, de droite comme de gauche, nous nous inquiétons de voir une partie de la population exclue par cette mise en œuvre de la ZFE à Lyon. Les vœux pieux formulés en conclusion à la fin de cette délibération ne nous rassurent malheureusement pas. Ce que nous voulons, ce sont des assurances sur les mesures qui accompagneront cette ZFE. Des mesures qui pourraient apporter des garanties aux plus modestes, aux classes moyennes, aux travailleurs.

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Monsieur le Maire du 6ème arrondissement, en ce qui me concerne, je voterai contre cette délibération. Je voterai contre la forme et la méthode, contre l’absence d’accompagnement prévu, même si je suis clairement pour la mise en œuvre de ZFE en zones urbaines et pour une action résolue afin d’améliorer la qualité de l’air de notre ville et métropole. 

D’ailleurs nous en reparlerons peut-être à l’occasion d’un futur conseil d’arrondissement, convoqué lui-aussi en urgence, pour débattre du Plan de Protection de l’Atmosphère élaboré par les services de l’État, et qui a aussi semble-t-il eu le malheur d’être notifié en pleines vacances. Peut-être faudrait-il rappeler au nouvel exécutif lyonnais qu’un mandat d’élu ne s’exerce pas que les jours ouvrés et aux heures de bureau.

Chers collègues je vous encourage à voter contre cette délibération en demandant que soient explicitées, avant toute mise en œuvre, les mesures d’accompagnement précises et chiffrées. En espérant que la réponse ne sera pas, « nous attendons de voir ce que va faire l’État ». Parce qu’être un « responsable » politique, cela implique d’agir par tous les moyens et avec toutes ses compétences et de ne pas toujours demander aux autres de faire le travail pour lequel on a été élu. 

Je vous remercie. 

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