Port du voile : respecter le libre choix

Tribune publiée dans La Croix 

J’ai co-signé cette tribune qui vise à rappeler le cadre légal compte tenu du débat actuel sur la laïcité.

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, mêmes religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi », énonce l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

Vendredi dernier, lors d’un conseil régional de la région Bourgogne Franche Comté, un membre du Rassemblement National a demandé à une femme de retirer son voile. Tout cela devant son enfant de huit ans.

Les réactions furent vives, et la France s’est de nouveau retrouvée à s’enflammer autour d’un débat sur la laïcité, comme c’est malheureusement trop souvent le cas en ce moment. Il est donc nécessaire de rappeler le cadre légal encadrant notre vie sociétale.

Outre l’article 10 de la DDHC, la loi du 9 décembre 1905 acte la séparation des Eglises et de l’Etat, tout en rappelant le principe de liberté de conscience. Cette liberté de conscience, c’est le fait de croire, ou de ne pas croire. Également, cette laïcité impose une neutralité absolue des pouvoirs publics. Un agent du service public, en tant que représentant de l’administration publique, est donc soumis à un strict devoir de neutralité, lui interdisant de manifester ses croyances religieuses. La loi du 15 mars 2004 pose quant à elle le principe selon les élèves des écoles, collèges et lycées publics, ne peuvent manifester ostensiblement leur appartenance religieuse par le port de signes ou de tenues.

Une mère de famille accompagnatrice n’est ni un élève, ni un agent du service public. D’un point de vue purement légal, rien ne lui interdit de porter son voile lors d’un déplacement scolaire à partir du moment où cela ne cause pas un trouble à l’ordre public ni au bon fonctionnement de la sortie. Partant de ce constat, outre la décence, rien n’autorise donc légalement qui que ce soit à lui demander de retirer son voile.

Quel que soit l’avis intime de chacun sur le port du voile, toute société contrôlant la manière dont les femmes se vêtissent n’est pas une société démocratique. Ne pas être en accord avec le choix de quelqu’un ne doit jamais nous permettre de lui interdire d’être libre de le faire.

L’islamisme radical est un fléau qui touche actuellement notre société. Il nous faut le combattre, par tous les moyens. Il se cache dans une jeunesse désœuvrée en quête de sens, dans des quartiers abandonnés, dans un internet incontrôlable. Mais il ne se cache pas derrière un voile.


De plus, empêcher les mères voilées d’accompagner leurs enfants à des sorties scolaires, ne servirait qu’à accentuer dans certains milieux la rupture entre l’école de la République et les familles. Une rupture déjà pratiquement consommée dans certains endroits, dont ces mères sont souvent le dernier fil ténu.

Nous, les signataires de cette tribune, souhaitons donc réaffirmer notre soutien à la laïcité française en faisant notre les mots d’Abd Al Malik « La laïcité signifie que dans la société nous sommes définis par notre citoyenneté, et en aucun cas par notre religion. » Et nous tenons à ce que cela le reste.

Certificats « connaissance de la laïcité » et Diplômes universitaires « religion, liberté religieuse et laïcité » décernés à Lyon le 16 octobre dernier

J’ai eu le plaisir de participer à la remise des diplômes de la promotion 2016/2017 du certificat « connaissance de la laïcité » et du diplôme universitaire « religion, liberté religieuse et laïcité » dans les salons de la Préfecture du Rhône.

© droits réservés
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Ces diplômes délivrés par l’Université Lyon 3 et l’Université Catholique de Lyon valident une formation commune à la laïcité développée spécialement pour les cadres de l’administration et les cadres religieux.

Le Major de la promotion © droits réservés
Le Major de la promotion © droits réservés

Ces formations innovantes ont été créées à Lyon à la rentrée universitaire 2012. C’est donc la 5ème promotion qui a été récompensée la semaine passée. Elles attirent de plus en plus de demandes et cette année 27 étudiants ont été diplômés.

Elles concernent aussi bien les athées, les agnostiques que les croyants des différentes religions et répondent  à une demande sociale particulière quant à l’Islam de France.

Ce projet, qu’il nous faut continuer à promouvoir, contribue à une meilleure connaissance de la diversité, et en particulier de la culture musulmane, par les agents de la fonction publique et les acteurs sociétaux intéressés. Il améliore également la compréhension indispensable des lois de la République et du contexte sociétal français par les cadres religieux et associatifs musulmans.

Deux professeurs © droits réservés
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L’originalité de ce diplôme est d’aborder ces deux besoins de façon articulée et coordonnée, et de réunir le monde universitaire et une institution de formation de la communauté concernée. Un tel projet entend concourir à la consolidation d’un islam respectueux des lois de la République et intégré dans la société française.

Ce diplôme répond à un des enjeux de notre société d’aujourd’hui : le besoin de connaissances pour mieux construire un monde commun. Il permet une meilleure appréhension des phénomènes religieux et leur inscription dans l’espace public de la laïcité, en dépassant les crispations et les préjugés.

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La force et la richesse de ce diplôme résident dans la diversité du groupe d’étudiants. Il s’agit de mieux apprendre par l’autre et de faire bouger les a priori de chacun. Il est important de constater que les anciens diplômés participent souvent et permettent ainsi à la formation de prospérer.

Félicitations à tous les diplômés de cette promotion et bonne année scolaire aux nouveaux étudiants.