Conseil du 6e arrondissement du 9 mars 2021 – Intervention sur le plan de mandat et la programmation pluriannuelle d’investissements 2021-2026

Plan de mandat et Programmation Pluriannuelle d’Investissements

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A l’occasion du conseil d’arrondissement du 9 mars 2021, je suis intervenue sur deux délibérations, le Plan de mandat 2021-2026 et la programmation pluriannuelle des investissements 2021-2026.  

Retrouvez mes autres interventions de ce conseil: 
Intervention sur le règlement local de publicité
Intervention sur la caractérisation du risque borréliose
Intervention sur la déclaration d’urgence climatique 

Monsieur le Maire du 6ème arrondissement, mes chers collègues,

J’interviendrai de façon conjointe sur ces deux dossiers, tant le plan de mandat et la programmation pluriannuelle d’investissements sont liés, l’un découlant logiquement de l’autre. J’interviendrai au nom de mon groupe Progressistes et Républicains.

Ce plan de mandat est sobrement intitulé « Lyon, capitale de l’écologie ». Difficile de faire plus explicite sur le fait que ce mandat sera tourné entièrement vers une seule et unique priorité… Une priorité liée à un parti politique, on n’a jamais vu plus dogmatique à Lyon.

On y retrouve, martelé à plusieurs reprises, le slogan de campagne du candidat Doucet, « dernier mandat pour le climat ». Pour faire face à ce défi, la majorité annonce un budget d’investissements de 1,25 milliard d’euros, la fonte de moitié de notre autofinancement et la dégradation de 4,5 à 11 ans de notre capacité de désendettement… De tels chiffres laissent effectivement craindre que ce mandat ne soit le dernier… pour les investissements publics. Nous ne sommes alors pas certains que sur le long terme, les Lyonnaises et les Lyonnais en sortent gagnants, ni qu’au final cela ne limite pas davantage les capacités de notre ville à participer à la protection de notre environnement.

Et en même temps, il est d’ores et déjà annoncé qu’en 2026, il restera 450 M€ d’investissements à réaliser, soit 36% de l’enveloppe totale. Le fait d’annoncer d’emblée un tel volume de non-réalisation nous interroge et nous inquiète. D’autant que d’autres projets pourraient prendre du retard ou être redimensionnés, ce qui occasionnera un déficit de réalisation supplémentaire. Cela nous fait craindre que le volontarisme affiché ne soit en réalité que de la poudre aux yeux, que la majorité proclame un programme d’investissement avec des chiffres marquants, programme qu’elle ne sera pas en mesure de réaliser. Bref cette Programmation Pluriannuelle d’Investissement semble être pour une grande part, une Programmation Pluriannuelle d’Investissement virtuelle.

Nous constatons par ailleurs que cette Programmation Pluriannuelle d’Investissement reprenne bon nombre des arbitrages et projets qui furent les nôtres, ce dont je me réjouis, tout y ajoutant opportunément quelques touches de vert dont on peine parfois à voir la traduction concrète, du green-washing en quelque sorte.

Ainsi, ce plan de mandat reprend par exemple les grandes lignes de ce que nous avions projeté en matière de constructions et de rénovations d’écoles. Et c’est très bien pour les petits Lyonnais. Concernant les écoles, nous voulons toutefois attirer votre attention sur la différence qu’il existe entre partager de bonnes pratiques, initier des questionnements et faire entrer une idéologie dans le programme scolaire de nos enfants. Les formulations utilisées me paraissent aux mieux maladroites, au pire, dangereuses et signes d’une idéologie rigide.

Ainsi, découvre-t-on que la priorité en termes d’éducation est d’inscrire l’école dans une démarche de transition écologique et sociale, avant même de mentionner le développement et l’épanouissement des enfants et que la Programmation Pluriannuelle d’Investissement en direction de la petite enfance ambitionne “d’accompagner les enfants et les familles dans la transition écologique dès le plus jeune âge avec de nombreux projets autour du lien avec la nature et de l’économie circulaire”. De même, dans le domaine culturel, il est question de choisir les expositions et les artistes présentés dans les institutions.

Nous attirons ici l’attention de tous les élus sur la ligne rouge qui sépare d’un côté, le rapprochement de nos concitoyens ou de nos enfants avec la nature pour améliorer leur quotidien et de l’autre, l’insertion d’une idéologie dans nos écoles ou nos institutions culturelles. Si la première est souhaitable, la seconde est à nos yeux condamnable.

Concernant la crise sanitaire que nous traversons, elle est bien vaguement évoquée dans ce Plan de mandat. Or, il ne s’agit pas d’un phénomène ponctuel qui va disparaître prochainement et nous permettre de reprendre une activité normale. Cette crise est hélas appelée à durer. Sanitairement nous n’en voyons pas encore le bout même si nous pouvons raisonnablement penser que le pire est derrière nous, mais surtout socialement et économiquement, ses effets ne sont pas encore tous identifiés et ses conséquences se révèleront sur le long terme. Les besoins des Lyonnaises et des Lyonnais en seront impactés et demanderont à leurs élus d’être suffisamment souples pour adapter la politique menée à leurs attentes. Or à la lecture de ces deux documents, il semble que le Maire de Lyon n’est toujours pas pris la mesure de cette crise ou, s’il en a pris la mesure, qu’il ne souhaite pas changer son programme qui lui est pour la Planète pas pour les Lyonnais.

Concernant les 6 défis identifiés dans l’édito du plan de mandat, je voudrais m’attarder sur le 6e défi, « Lyon, ville de la coopération ».

Lyon est déjà la ville de la coopération et du partenariat. Elle est connue comme telle. Il y a, dans notre ville, une longue tradition de travail entre acteurs privés et acteurs publics, entre entreprises et milieu associatifs, entre différents niveaux de collectivités. C’est cette aptitude à coopérer qui a fait émerger ce qu’on a appelé le « modèle lyonnais ». Vouloir poursuivre dans cette voie est louable. J’ai peur toutefois que le Maire de Lyon n’ait pas tout-à-fait compris le sens de ce qu’est la coopération. J’en veux pour preuve la réponse faite au Président du Conseil régional dans un courrier récent : « nous serons plus efficaces en restant dans les compétences qui nous sont dévolues ». Cela selon moi n’est pas de la coopération mais du sectarisme.

Le Maire de Lyon doit être capable de travailler avec tous, au-delà de ses seuls amis politiques, pour développer les meilleurs services pour les Lyonnaises et Lyonnais. Heureusement que le Gouvernement n’est pas aussi sectaire quand le Maire de Lyon lui réclame des policiers ou des aides pour les établissements culturels…

Pour conclure, je voudrais dire quelques mots de la Programmation Pluriannuelle d’Investissement concernant spécifiquement notre arrondissement.

Tout d’abord, il y a une absence qui saute aux yeux : celle du Musée Guimet. L’adjointe à la culture a annoncé cet automne, avec tambour et trompette l’enterrement du projet des ateliers de la Danse dans le 6ème. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire ici même, je regrette profondément cette décision. Nous pouvions cependant espérer, et je comptais Monsieur le Maire sur votre ténacité pour l’obtenir, un projet alternatif pour ce bâtiment. Il n’en est rien. Malheureusement, ce bâtiment a déjà beaucoup souffert. Il est à craindre que dans 6 ans il ne soit trop tard pour le sauver. Cette absence est une faute, une atteinte contre le patrimoine lyonnais.

Faute de projet pour le Musée Guimet, notre arrondissement est le seul qui se trouve privé d’investissement culturel…

D’une façon générale, notre arrondissement est très mal traité par cette Programmation Pluriannuelle d’Investissement, si l’on excepte le Parc de la Tête d’Or, sans doute parce qu’il héberge une faune animale et une flore qui intéressent plus l’exécutif que les êtres humains. J’en veux pour preuve l’absence de tout projet sur le volet Solidarités et jeunesse, rien sur les personnes âgées notamment. Autre absence et de taille celle du développement économique et rayonnement international. Quant au secteur phare de cette nouvelle majorité, le volet végétalisation de l’espace public, dans le 6ème seule la place de l’Europe est citée. Rien sur la rue Vendôme ou encore la rue Duquesne qui a tant besoin d’être apaisée.

En conclusion, entre un plan de mandat plein de bonnes intentions mais trop sectaire et trop verbeux et une Programmation Pluriannuelle d’Investissement virtuelle dont nous ne voyons pas comment elle pourra être réalisée et bien trop pauvre pour le 6ème arrondissement, je voterai contre ces deux délibérations.

Je vous remercie.