Conseil du 6e arrondissement du 9 mars 2021 – Intervention sur la déclaration d’urgence climatique

Déclaration d’urgence climatique

Monsieur le Maire du 6ème arrondissement, mes chers collègues,

Avant toute chose, je tiens à rappeler quelques éléments.

Comme chacun au sein de ce conseil, j’imagine, j’ai pleinement conscience du défi face auquel se trouve aujourd’hui l’humanité, défi qui pose à terme la question de sa survie, celui du dérèglement climatique. Ce dérèglement nous concerne tous et il appelle à la fois une prise de conscience individuelle et des réponses politiques.

Pour autant je ne peux souscrire au contenu de cette délibération, ou devrais-je dire de ce tract.

Cette délibération se limite à des déclarations d’intention, à un affichage symbolique. Mais le climat n’a pas besoin de paroles, il a besoin d’actes. Et ce d’autant plus que cette déclaration apparaît assez largement hors- sol. Un comble pour un texte en faveur de la planète !

Où est l’humain dans ce document ? Pour qui faisons-nous de la politique, si ce n’est pour des humains, en l’occurrence les Lyonnais ? Qui nous a élu et nous a délégué la gestion de cette ville ? Qui souffre aujourd’hui de la crise sanitaire, économique et sociale ?

Le climat est-il une valeur, qui serait au-dessus de l’humain ?

Est-ce que le climat est au-dessus de la liberté ? Liberté qui est la grande absente de votre délibération. Liberté qui n’a pas le droit de cité dans un document où règnent les mots “devoir, nécessité, priorité”. Quelles libertés comptez-vous laisser aux Lyonnaises et aux Lyonnais ?

Est-ce que le climat est au-dessus des conditions de vie de nos concitoyens et notamment des plus démunis ? Une seule fois, le terme “social” est cité dans votre document, une seule fois, pour y être accolé à la réduction des inégalités environnementales.

Alors non, l’amélioration des conditions de vie des plus en difficulté d’entre nous ne passe pas seulement par l’accès à un espace vert en proximité de son habitation, à la réduction de la pollution, ni à la possibilité d’utiliser des modes actifs de transport. Surtout quand d’autres décisions de la majorité, comme les suppressions de places de stationnement dans des quartiers mal desservis ou le durcissement d’une ZFE qui confine à l’exclusion sociale, impactent leur quotidien et renforcent leurs difficultés.

La souffrance bien réelle de certains de nos concitoyens mérite toute notre attention et devrait, à nos yeux, avoir à minima le même degré d’importance que la lutte pour le climat.

Car la planète n’est pas une entité en soi. Elle n’a pas de conscience propre. Ce que nous pensons qu’il faut préserver, mais c’est peut-être une différence fondamentale entre vous et nous qui sommes humanistes et progressistes, ce sont les conditions de vie de ceux qui l’habitent, c’est- à-dire de l’humanité.

Aussi devriez-vous garder en tête que vos engagements ne valent que si, en plus de leur impact environnemental, ils mesurent leur impact social. Et non, impact environnemental et impact social ne sont pas nécessairement les deux faces d’une même pièce.

Le Maire de Lyon à peine élu déclarait en juillet à Lyon capitale : « je ne me fonde pas sur des dogmes ou des conventions, mais sur de la science. Ceux qui défendent une ligne portée sur l’économie ou le social fondent leur pensée sur des sciences humaines où la vérité n’est pas établie. Ce sont des matières qui laissent libre cours à des débats d’idées qui peuvent être stériles ».

Pardonnez-moi d’être dans le débat d’idée. Pardonnez-moi de prendre en compte d’autres paramètres que la science climatique et de penser que la décision politique est complexe.

Cette délibération est une pure déclaration d’intentions idéologiques. Je voterai contre.
Je vous remercie.